Quand la mode interroge l’intelligence artificielle

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La conférence de clôture, organisée en partenariat avec Showroomprivé.com, traitait du thème « Quand la mode interroge l’intelligence artificielle », animé par Fabrice Jonas de Modelab, avec la participation de Nicolas Latour (Digital University DDB), Antoine Millien (Fabernovel Innovate), Tony Pinville (Heuritech), Clarisse Reille (Défi), Alicia Birr (Google France), Guillaume Aurine (Salesforce) et Anil Benard-Dende, COO de Showroomprivé.com.

 

L’IA : une ou des définitions ?

Il faut d’abord clarifier ce que l’on met derrière le terme « IA » : il s’agit d’un ensemble de procédés qui permettent d’automatiser des tâches techniques. Le machine learning, où la machine apprend par l’exemple à refaire des tâches, est l’une de ses déclinaisons. Il existe des IA, qui sont toutes spécialisées. Il n’existe pas encore (et nous en sommes loin) de machine qui ressemble à un cerveau humain dans toute sa complexité, à l’instar d’un Terminator.

Aujourd’hui, l’IA reste un compagnon de l’intelligence humaine : il l’accompagne, l’augmente, mais en aucun cas ne la remplace, comme le précise Antoine Millien. Au contraire, l’IA pourrait permettre de remettre l’humain au centre des processus.

 

L’IA et l’humain : l’exemple du service client.

En effet, l’IA permet déjà d’automatiser des tâches rébarbatives. Ce faisant, un temps précieux est libéré aux humains pour travailler sur les sujets sur lesquels ils ont une plus-value essentielle.

De manière plus précise, dans le cas du service client, l’IA peut permettre à la machine de prendre en main l’aspect automatique, tout ce qui relève du processus et de l’information. Alors, le conseiller est disponible pour se concentrer sur l’humain et l’émotion, qui sont au centre du rapport avec les clients selon Anil Benard-Dende.

Pour Guillaume Aurine, l’IA va permettre de libérer 20% du temps des humains, en allant chercher la bonne information, présentée au bon moment. Concrètement, c’est déjà le cas, par exemple lorsqu’on effectue une recherche dans la pellicule de son téléphone (« montre moi toutes les photos de plage »).

Si pour Clarisse Reille, il est évident que l’urgence pour la mode est le service client, il est certain que de nouvelles perspectives s’ouvrent, puisque tous les acteurs accordent la priorité à l’émotion.

 

L’IA et le style

D’après Anil Benard-Dende, « aujourd’hui dans la mode, le catalogue produit n’est pas du tout standardisé ». Or, c’est un vrai frein aux relations entre les retailers et les marques. Il est clair que l’IA va permettre de faire de gros progrès dans ce domaine, à l’instar de la start-up Scalia qui s’est positionnée sur le secteur.

Du côté des consommateurs, l’IA est déjà une réalité. C’est elle qui, aujourd’hui, propose des recommandations produits aux internautes. Le grand progrès, à l’avenir, c’est qu’elle sera capable de comprendre le style, souligne Alicia Birr. C’est un changement qui est déjà en marche, grâce auquel les consommateurs pourront recevoir des recommandations non seulement de produits similaires, mais de produits qui créent un look. C’est l’ambition par exemple d’Echo Look d’Amazon.

 

Du côté des créateurs, l’IA est en passe de devenir un outil pour lire les tendances. Tony Pinville précise que si l’on n’est pas encore capable de comprendre ce qui se passera demain, on est déjà capable de comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Il est possible de prendre le pouls des clients, et de l’injecter ensuite au processus de création et de Recherche & Développement. L’IA peut ainsi devenir outil de création, permettant une lecture et une traduction plus fine des envies des consommateurs. Or, « la personnalisation, c’est le Graal de toutes les entreprises » précise Nicolas Latour.

 

La mode peut-elle suivre l’IA ?

La question qui se pose ensuite est celle des ressources humaines. L’IA fera-t-elle perdre des emplois dans la mode, en automatisant une partie des tâches ? Certes, certains emplois se trouveront détruits. Toutefois, d’autres besoins apparaissent et de nouveaux emplois devront émerger. 60% des métiers qui existeront dans 10 ans ne sont pas encore inventés : la mode se réinventera avec l’évolution de la technologie. Le défi à relever, d’après Guillaume Aurine, sera donc celui de la formation. Des investissements doivent être faits dès maintenant pour répondre aux besoins de demain.

 

Retrouvez ici le podcast de la conférence : http://salontraffic.com/podcast_intelligenceartificielle