Bodyscape byBehnaz Farahi

Rencontre avec l’artiste FashionTech Benhaz Farahi

 

Vous avez sans doute croisé l’oeuvre BodyScape au cours de l’exposition de notre Look Forward FashionTech Festival… Aujourd’hui sur le blog, nous vous invitons à découvrir l’artiste qui se cache derrière cette pièce, et bien d’autres : Benhaz Farahi.

 

« Behnaz, pourriez-vous nous en dire plus sur qui vous êtes, ce que vous faites, et ce qui vous y a mené ?

Je suis créatrice, basée à Los Angeles, et je travaille à l’intersection de la mode et l’architecture, en interaction avec le design. J’ai suivi un cursus d’architecte, et suis actuellement doctorante en arts médiatiques à USC (University of Southern California), pour explorer le potentiel des environnements interactifs, et leur relation au corps humain, que ce soit de la mode, de l’architecture, comme du corps en tant que tel. Je suis particulièrement intéressée par l’application intégrée du comportement des matières, et par l’usage de technologies émergentes dans l’art contemporain, l’architecture et la mode. Je détiens aussi une licence, et deux masters en architecture, l’un de l’USC, et l’autre de la Shadid Behesti University en Iran.

 

Votre oeuvre Bodyscape, que nous avons exposée lors de notre Look Forward FashionTech Festival en juin dernier, mêle sciences, technologie et mode de façon très poétique. Pensez-vous qu’à l’avenir nos vêtements nous permettrons de mieux nous connaître nous-même, tant sur le plan émotionnel que physiologique ?

J’espère que mode et technologie fusionneront de façon plus poétique. À mon avis, les récentes avancées en termes de wearable et FashionTech vont apporter une nouvelle vision du corps, en augmentant ses fonctionnalités émotionnelles et physiologiques.

 

Ce dont on est sûr, c’est que la nature plastique du cerveau permet une forte absorption des textiles connectés, ils s’apparentent ainsi à une extension de notre corps, qui offre un lien avec le monde extérieur. La mode telle que nous la connaissons traditionnellement va se transformer pour devenir une extension de notre corps, dans laquelle technologie, corps humain et mode seront en symbiose.

A-t-il été compliqué pour vous de trouver à la fois les données scientifiques et les matériaux nécessaires à la réalisation de vos différents projets FashionTech ?

Au cours de mes études d’architecture, j’ai appris l’électronique et l’informatique physique de manière autonome. Au fur et à mesure, j’ai développé les compétences nécessaires pour réaliser mes projets. Depuis, j’enseigne en collaboration avec d’autres professionnels, et j’anime des ateliers sur différents sujets, comme la création d’algorithmes, l’impression 3D, l’informatique adaptée aux wearables, l’informatique physique ou encore comment utiliser les systèmes de robots KUKA. En développant plusieurs projets, j’ai eu l’opportunité de rassembler une équipe de personnes, dont des ingénieurs réellement intéressés par ces problématiques, ce qui a nettement facilité ma tâche.

 

 

 

Casque imprimé en 3D qui bouge et s’illumine en fonction de l’activité du cerveau – Credit: Synapse par Behnaz Farahi

 

Vous avez utilisé l’imprimante 3D sur plusieurs de vos créations : pourquoi avoir choisi ce matériau plutôt qu’un autre ?

L’impression 3D a été une révolution dans plusieurs domaines, dont la mode, l’architecture, le design industriel, et j’en passe. C’est un outil qui m’intéresse particulièrement, puisqu’il permet de produire des formes géométriques complexes, inspirées de la morphologie humaine. Cela représente aussi la possibilité de développer des matériaux dont la forme est à la fois non-conventionnelle, souple et dynamique. Ces différentes caractéristiques s’appliquent parfaitement à l’architecture et à la mode.

 

Aujourd’hui, on peut utiliser l’impression 3D pour des objets minuscules, d’une résolution de 16 microns, c’est-à-dire qu’au cours de notre processus de création, nous pouvons créer un réel lien avec le corps humain, à une échelle qui représente la moitié d’un globule rouge (environs 8 microns de largeur). Le fait de pouvoir définir les propriétés des matériaux à une micro échelle, nous donne énormément d’informations sur leurs comportements à une macro échelle. Et cela représente déjà une opportunité incroyable !

 

Outre la FashionTech, vous réalisez aussi des projets architecturaux avancés technologiquement. Voyez-vous une corrélation entre ces deux mondes ?

Bien sûr! Il existe une relation historique entre corps humain et architecture. Depuis Vitruve, il y a eu plusieurs tentatives pour rapprocher l’architecture des bâtiments aux lignes du corps humain.

 

Plus récemment, la mode a représenté une opportunité pour différents architectes de travailler la relation entre corps humain et architecture. En témoigne par exemple l’exposition “Skin + Bones: Parallel Practices in Fashion and Architecture” (Peau + Os : les pratiques parallèles à la mode et l’architecture) au Musée des Arts Contemporains de Los Angeles en 2007. Dès lors, nombres d’architectes ont réalisé des travaux dans le monde de la mode, en utilisant majoritairement (mais pas que) l’impression 3D. Des architectes comme Neri Oxman, Philip Beesley et bien d’autres ont collaboré avec des figures de la mode, dont Iris van Herpen.

 

D’ailleurs, je co-dirige un numéro sur le Design d’Architecture (Wiley) qui sortira en Novembre 2017 sur « l’Architecture Corporelle ».

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Selon-vous quels freins rencontre aujourd’hui la scène de la FashionTech pour pouvoir aller de l’avant ?

Ça n’est pas une question facile… Je m’intéresse énormément à l’évolution des formes, aux comportements dynamiques dans la mode, de façon à explorer la manière dont ces comportements peuvent servir d’interface avec le monde qui les entoure. En partant de ce point de vue, je pense que le futur de la mode tient ses prémices dans les changements de formes et de couleurs, avec pour but de répondre aux problèmes psychologiques que nos sociétés rencontrent.

 

Opale de Behnaz Farahi
Opale de Behnaz Farahi – Crédit : Behnaz Farahi

 

Nous avons entendu parler d’une nouvelle création du nom d’« Opale »… pouvez-vous nous en dire plus ?

Opale est une pièce faite sur mesure, qui intègre de la robotique souple pneumatique et de la reconnaissance faciale. La création est équipée d’une caméra qui détecte les différentes expressions du visage et d’un système interactif qui y réagit. Par exemple, Opale répondra à la colère en s’agitant, et à la surprise en se hérissant, dans le but d’influencer les interactions sociales. L’œuvre est entièrement recouverte de fibre optique incrustée dans du silicone. La tenue est inspirée du comportement animal, dont la fourrure se hérisse sous la menace, ou qui ronronne lorsqu’on le caresse.

 

Une vidéo du projet est disponible ici, et pour plus d’informations, je vous invite à visiter mon site. »

 

Merci à Behnaz Farahi d’avoir partagé son point de vue sur la FashionTech avec Look Forward, et nous espérons pouvoir vous faire découvrir à nouveau ses œuvres prochainement.